Les Travaux d’Héraclès
Eurysthée était le fils de Sthénélus et de Micippe, fille de Pélops. Zeus ayant juré que, de deux garçons qui allaient naître, l’un fils de Sthénélus, l’autre d’Alcmène, celui qui le premier verrait le jour obtiendrait l’empire sur l’autre, Héra, qui était irritée contre Alcmène, se vengea sur son fils, avança la naissance d’Eurysthée, et lui procura la supériorité sur son concurrent.
Ce prince politique, jaloux de la réputation d’Héraclès, et craignant d’être un jour détrôné, le persécuta sans relâche, et eut soin de lui donner assez d’occupations hors de ses États pour lui ôter le moyen de troubler son gouvernement.
Il exerça son grand courage et ses forces dans des entreprises également délicates et dangereuses ; c’est ce qu’on appelle les Travaux d’Héraclès. Ils sont au nombre de douze.
I – Le Lion de Némée
Dans une forêt voisine de Némée, ville de l’Argolide, était un lion d’une taille énorme qui dévastait le pays. Héraclès, à l’âge de seize ans, attaqua ce monstre, épuisa son carquois contre sa peau impénétrable aux traits, et brisa sur lui sa massue de fer. Enfin, après beaucoup d’efforts inutiles, il saisit le lion, le déchira de ses mains, et avec ses ongles lui enleva la peau qui depuis lui servit de bouclier et de vêtement.
II – L’Hydre de L’Herne
Sur le territoire d’Argos se trouvait le lac de Lerne, dont le circuit, dit Pausanias, n’avait guère plus d’un tiers de stade. C’était donc une grande mare profonde, d’environ 62 mètres de tour. Dans cette sorte de cloaque marécageux, vivait une hydre redoutable, monstre à plusieurs têtes. Les uns lui en donnent sept, d’autres neuf, d’autres cinquante. Quand on en coupait une, on en voyait renaître autant qu’il en restait après celle-là , à moins qu’on n’appliquât le feu à la plaie. Le venin de ce monstre était si subtil, qu’une flèche qui en était frottée donnait infailliblement la mort. Cette hydre ravageait les campagnes et les troupeaux.
Pour la combattre, Héraclès monta sur son char. Iotas, son neveu, fils d’Iphiclus, lui servit de cocher. Héra, voyant Héraclès près de triompher du monstre, avait envoyé au secours de l’hydre un crabe marin, qui le piqua au pied. Héraclès l’ayant aussitôt écrasé, la déesse le plaça parmi les astres, o๠il forme le signe du Cancer. L’hydre fut tuée ensuite sans obstacle : Héraclès lui abattit toutes ses têtes d’un seul coup.
III – La biche de Cérynie
Sur les pentes et dans les vallées du mont Ménale, en Arcadie, se trouvait une biche aux pieds d’airain et aux cornes d’or, si rapide à la course, que personne n’avait pu l’atteindre. Elle donna au héros beaucoup de peine, parce que, sachant qu’elle était consacrée à Artémis, il ne voulait pas la percer de ses flèches. Il la poursuivit donc ardemment, et finit par la prendre au moment o๠elle traversait le Ladon.
IV – Le sanglier d’Erymanthe
Érymanthe est une montagne d’Arcadie, célèbre par un sanglier qui en ravageait les environs. Héraclès prit ce terrible animal vivant ; et Eurysthée, voyant le héros porter ce sanglier sur ses épaules, fut saisi de frayeur, et alla se cacher sous une cuve d’airain.
V – Les écuries d’Augias
Roi d’Élide et fils du Soleil, Augias, un des Argonautes, avait des étables qui contenaient trois mille bœufs, et qui n’avaient point été nettoyées depuis trente ans. Ayant appris l’arrivée d’Héraclès dans ses États, il lui proposa de les nettoyer, sous la promesse du dixième de son troupeau. Le héros détourna le fleuve Alphée, et le fit passer à travers les étables. Le fumier emporté, et l’air nettoyé, Héraclès se présenta pour recevoir le prix de son travail. Augias hésitant, et n’osant le refuser ouvertement, le renvoya au jugement de son fils Philée. Celui-ci décida en faveur d’Héraclès. Son père le chassa de sa présence, et l’obligea de se réfugier dans l’île de Dulichie. Héraclès, indigné de ce procédé, pilla la ville d’Élis, tua Augias, rappela Philée, et lui donna les États de son père.
VI – Les oiseaux du lac Stymphale
En Arcadie, sur le lac Stymphale, il y avait des oiseaux monstrueux, dont les ailes, la tête et le bec étaient de fer, les ongles crochus et acérés. Ils lançaient des dards de fer contre ceux qui les attaquaient ; le dieu Arès les avait lui-même dressés au combat. Ils étaient en si grand nombre, et d’une grosseur si extraordinaire que, lorsqu’ils volaient, leurs ailes interceptaient la clarté du soleil. Héraclès, ayant reçu d’Athéna des cymbales d’airain propres à épouvanter ces oiseaux, s’en servit pour les attirer hors du bois o๠ils se retiraient, et les extermina à coup de flèches.
VII – Le Taureau de Crète
Héraclès dompta le taureau de l’île de Crète envoyé par Poséidon contre Minos, et l’amena à Eurysthée. Celui-ci laissa échapper ce redoutable animal qui alla ravager la plaine de Marathon. Héraclès dut entreprendre une nouvelle lutte contre ce taureau, et le mit finalement, à mort.
VIII – Les juments de Diomède
Diomède, roi de Thrace, fils d’Arès et de Cyrène, avait des chevaux furieux qui vomissaient feu et flamme. Il les nourrissait, dit-on, de chair humaine et leur donnait à dévorer tous les étrangers qui avaient le malheur de tomber entre ses mains. Héraclès prit Diomède, le fit dévorer par ses propres chevaux, les amena ensuite à Eurysthée, et les lâcha sur le mont Olympe o๠ils furent dévorés par les bêtes sauvages.
Ce fut dans cette expédition qu’Héraclès bâtit en Thrace la ville d’ Abdère, en mémoire de son ami Abdérus que les chevaux de Diomède avaient dévoré.
IX – La ceinture d’Hippolyté, reine des Amazones
La nation des Amazones, établie sur les bords et dans le voisinage du Pont Euxin, en Asie et en Europe, était devenue redoutable. Ces femmes guerrières ne vivaient que de pillage et des produits de leur chasse. Elles étaient vêtues de peaux de bêtes sauvages ; leur vêtement, agrafé sur l’épaule gauche et retombant jusqu’au genou, laissait à découvert toute la partie droite du corps. Leur armure se composait d’un arc, d’un carquois garni de flèches ou javelines, et d’une hache. Leur bouclier avait la forme d’un croissant, et environ un pied et demi de diamètre. En guerre, leur reine portait un corselet formé de petites écailles de fer, attaché avec une ceinture ; toutes portaient un casque orné de plumes, plus ou moins brillantes, insignes de leur rang ou de leur dignité. Souvent elles étaient à cheval ; mais elles combattaient aussi à pied. Avec leur reine Penthésilée, elles étaient allées au secours de Troie ; une de leurs reines, Harpalyce, célèbre par la légèreté de sa course, réduisit en son pouvoir toute la Thrace. Au temps d’Héraclès, elles obéissaient à la reine Hippolyte.
Eurysthée ayant commandé au héros de lui apporter la ceinture de cette princesse, Héraclès alla chercher ces guerrières, tua Mygdon et Arnycus, frères d’Hippolyte, qui lui disputaient le passage, défit les Amazones, et enleva leur reine qu’il fit épouser à son ami Thésée.
X – Les boeufs de Géryon
Géryon, fils de Chrysaor et de Callirhoé était, suivant Hésiode, le plus fort de tous les hommes et roi d’Érythie, contrée d’Espagne, voisine de l’Océan. Les poètes venus après Hésiode en ont fait un géant à trois corps, qui avait, pour garder ses troupeaux, un chien à deux têtes et un dragon à sept. Héraclès le tua avec ses gardiens, et emmena ses bœufs.
XI – Les pommes d’or du jardin des Hespérides
Héraclès a déjà accompli dix travaux en l’espace de huit ans et un mois. Mais le roi de Mycènes estime que ce n’est pas assez. Il lui ordonne d’aller jusqu’en Europe extrême orientale, dérober dans le jardin des Hespérides les fruits du pommier d’or que la Terre-Mère a jadis donné à Héra. Le jardin se trouve sur les pentes du mont Atlas, là o๠les chevaux du char du soleil, hors d’haleine, achèvent leur course le soir, loin à l’ouest de la Grèce.
Héraclès demande conseil à Prométhée, le sage, le malin. Prométhée lui conseille de ne pas cueillir les pommes lui-même, mais d’en charger Atlas qui connaît bien les lieux. Oui, Atlas porte la voà»te du ciel… Qu’à cela ne tienne, Héraclès va porter le ciel à sa place. Atlas, très content de lui rendre ce petit service, se débarrasse quelques instants de son formidable fardeau et rapporte très vite trois pommes d’or. Seulement voilà , Atlas a goà»té à la liberté et n’a pas du tout envie de reprendre ses chaînes et son ciel. Il dit à Héraclès : » Garde encore un peu le ciel, j’irai porter moi-même les pommes à Eurysthée! » Héraclès se doutant qu’Atlas ne voudra jamais reprendre son fardeau, répond: » D’accord, mais sois gentil, Atlas. Prends le ciel un petit instant, que je m’installe un coussinet sur la tête car le ciel est vraiment dur! « . Atlas, confiant, pose les pommes, reprend son fardeau… et Héraclès l’y laisse pour de bon en lui faisant un grand salut.
XII – La capture de Cerbère
C’est le dernier et le plus difficile des travaux. Cerbère étant le gardien des Enfers, il faut descendre au pays des morts. Héraclès se prépare en participant aux Mystères d’Eleusis. Purifié par le prêtre, il prête serment de ne jamais dévoiler les secrets du Mystère (c’est pourquoi on ne sait pas trop ce qui s’y est passé). Le voilà prêt pour sa descente. Il pénètre dans une grotte près de la mer Noire, o๠l’on peut encore voir les traces de son entrée vers les grandes profondeurs. Athéna et Hermès le guident pour son long voyage.
Arrivé enfin sur les rives du Styx, Charon, le passeur, est terrorisé par son air farouche et le prend aussitôt sur sa vieille barque délabrée. Mais comme les vivants n’ont pas le droit d’aller chez les Morts, Charon sera puni par Hadès: un an d’emprisonnement pour avoir passé Héraclès ! Arrivé devant Hadès et Perséphone, Héraclès réclame Cerbère: » Tu l’auras à condition que tu arrives à le maîtriser sans te servir de tes armes. »
Héraclès découvre le terrible chien. Attaché par des chaînes, il montre les crocs de ses trois têtes o๠grouillent d’horribles serpents. Sa queue, hérissée de fer, se dresse, prête à frapper, mais Héraclès, protégé par sa peau de lion, le prend à bras le corps et commence à l’étouffer. Cerbère s’aplatit et se soumet.

